A travers les siècles et la planète, l’usage de l’encens a connu plusieurs formes, particulièrement en Chine et au Japon. L’encens était en effet utilisé pour mesurer le temps, grâce aux bâtons et aux cônes d'encens. Cela va de la technique rudimentaire de la corde nouée, aux bâtons (senko au Japon) et cônes d’encens. Puis la technique a évolué, et ce fut ensuite des trainées de poudre qui servirent à la mesure. On l'utilise notamment aujourd'hui lors des séances de massage.
Les gardiens du temps chinois et japonais avaient une grande avance sur le reste du monde, c’est en tous cas ce qu’ont rapporté les missionnaires occidentaux et ceux qui voyageaient en Asie de l’Est au cours du 17ème, 18ème et du début du 19ème siècle. Un des témoignages les plus anciens figure dans le journal de bord de Matteo Ricci (1552-1610), fondateur de la mission jésuite en Chine. Il écrit un jour, certainement vers 1601, alors qu’il était à Beijing, que la Chine possèdait quelques moyens pour mesurer le temps : il y avait l’eau ou le feu et « la méthode passant par le feu, grâce à laqelle le temps est mesuré par de la cendre odorante, comme des bâtons d’amadou sur nos armes ».
Les différentes méthodes et accessoires utilisés au Japon pour mesurer le temps grâce à l’encens étaient précédès de peu par les inventions des Chinois, comme la corde nouée, les bâtons et les cônes d’encens, et plus tard les trainées de poudre. Selon le Tokei Hattatsu-Shi, étude sur “le développement des horloges” écrit par Hyoe Takabayashi, la corde nouée était utilisée par les Japonais de la même manière que les Chinois l’utilisaient pour mesurer le temps. On suppose que cette pratique fut empruntée par les Japonais à l’Empire Céleste.
La technique de la corde nouée, le moyen de plus simple de mesurer le temps grâce à l’encens, se présentait sous la forme d’une corde de carpophore d’une longueur spécifique, nouée à des intervalles précis. Le carpophore était en bois pourri séché, ou sous forme d’une substance flasque tirée du mycète. Chaque espace séparant les nœuds équivalait à un certain laps de temps, mesuré grâce à la corde qui se consumait. Le carpophore, tout comme l’encens, brûle doucement et de manière régulière et la corde nouée fut beaucoup utilisée comme réveil par les classes les plus démunies. Une corde nouée d’une certaine longueur (selon la durée de temps désirée), faite en carpophore était disposée entre les doigts de pieds nus de la personne, qui l’allumait avant de s’endormir, comme le faisaient les sentinelles les soirs de garde. Une fois la corde consumée, elle atteignait la peau, et nul doute que l’occupant du lit était réveillé et que ses cris réveillaient involontairement les autres membres du foyer ou de la caserne !
L’encens sous forme de bâtonnets, aussi connu sous le nom de "bâtons d’encens" est utilisé depuis très longtemps en Chine et au Japon, disposé et allumé devant les maisons ou les temples comme offrandes décoratives. Il servait également à mesurer le temps et les bâtons d’encens furent imméditament adoptés par les Japonais. Là bas, on les appelle « senko » ou « allumettes chinoises », la plupart sont en bois de santal ou en racine d’orme mixé en poudre, mélangé avec de la farine de bois, puis, en ajoutant de l’eau, transformé en pâte. Ensuite, on façonnait des bâtonnets droits et fins d’une longueur de 15 à 18cm.
On notait le temps que mettait le bâtonnet à se consumer une fois allumé, puis cette durée était adoptée comme « durée standard ». Plus tard, on perfectionna l’invention en indiquant par des traits délimitant les différentes marques temporelles sur le bâton qui désignait différentes durées. L’encens convient parfaitement pour la mesure du temps car il se consume lentement, de manière régulière et sans s’enflammer, de plus il diffuse un arôme agréable. Plusieurs bâtonnets étaient ensuite plantés verticalement dans une petite urne ou (autre récipient en argile, en céramique ou en métal) contenant des cendres de farine de bois. Une fois le bâtonnet allumé, on pouvait alors facilement déterminer combien de temps s’était écoulé en comptant le nombre de marques temporelles restantes.
Pour mesurer le temps, l’encens était également présenté sous la forme d’un rouleau en spirale. Une sorte de tige qui ressemblait à un spaghetti était passée à travers une filière pour former un rouleau. Le tout était durci puis divisé sur sa longueur pour marquer les heures. Quand la bobine était suspendue par son extrémité la plus haute, l’objet pendait comme une spirale ouverte et en avait la forme amusante. Une fois allumé par son extrèmité la plus basse, il se consumait doucement et de manière régulière, indiquant ainsi l’écoulement du temps grâce aux marques temporelles. On trouve encore ce genre de pendule suspendu aux chevrons de nombreux temples bouddhistes, mais elle ne sert aujourd’hui que de décoration.
En Chine, on utilisait souvent l’encens comme réveil. Un vaisseau spécial fut fabriqué qui mesurait environ 60 centimètres de long, taillé en bronze ou en bois. Il avait la forme du corps d’un dragon et représentait les anciens Bateaux Dragons qui défilaient lors du festinal chinois annuel, toujours fêté aujourd’hui.
L’extérieur en bois était en général recouvert de laque noire, par-dessus laquelle on peignait en général des écailles dorées. La tête et la queue étaient aussi de couleur or. L’intérieur du bateau, hautement décoré était creux et des petites grilles permettant de maintenir les bâtons le tapissait. Un long bâtonnet marqué par les différentes intervalles horaires était disposé sur le support. Ce « vaisseau du dragon » était supporté par 2 bûches de bois et disposé sur une surface plane en cuivre ou en laiton.
Une mince ficelle, généralement en soie, équipée d’un petit poids en métal ou d’une petite clochette à ses 2 extrêmités, était accrochée sur le haut du vaisseau, fixée au bâtonnet à l’endroit qui correspondait à l’intervalle horaire voulu (choisi par le dormeur selon l’heure à laquelle il voulait être réveillé).
Le bâtonnet d’encens se consumait pendant le nombre d’heures choisi, et lorsque la braise atteignait la ficelle, celle-ci se consumait très rapidement et se détachait. Lorsque les petits poids de métal percutaient la surface plane, cela provoquait une sonnerie brève, qui devait être assez forte pour réveiller le dormeur.




















