Si vous n’êtes pas encore décidé, ça n’est pas grave, mais les jours commencent déjà à raccourcir. Samedi, l’hiver sera déjà là, et les jours les plus courts de l’année montreront le bout de leur nez. Et comme le printemps est loin, beaucoup d’entre nous pourraient être amenés à se sentir un peu moroses.
S’il vous arrive de vous sentir d’humeur mausade en hiver, ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas le/la seul(e). Cela s’appelle le « TAS » - Trouble Affectif Saisonnier, et pour certain l’acronyme ne pourrait sonner plus juste. Le manque de soleil laisse beaucoup de personnes dans un état plus ou moins dépressif. Certains scientifiques pensent que c’est dû à une matière chimique libérée par notre cerveau lorsqu’il fait sombre, capable de contrôler notre humeur. Mais tout le monde ne souffre pas de dépression saisonnière. Il existe plusieurs théories qui tentent d’expliquer pourquoi certains se sentent déprimés et d’autres non.
Des études menées par l’Association Canadienne pour la Santé Mentale (Canadian Mental Health Association) rapportent que 2 à 3% de la population de l’Ontario sont touchés par une forme de TAS, et presque 15% par le blues de l’hiver, comparable au TAS mais sans l’état de dépression clinique.
Robin Stagg n’en connaît que trop bien les symptômes : « c’est un véritable cauchemar, a-t-il affirmé, j’ai l’impression que toute ma motivation s’envole pour laisser place à la dépression et à la tristesse… C’est une vraie corvée de sortir du lit, et parfois je n’y parviens même pas. J’ai envie d’appeler mon travail pour dire que je ne viendrai pas et de rester allongé toute la journée ».
Puis Robin a entendu parler de la ‘luminothérapie’ qui propose une lampe dont les rayons imitent ceux du soleil. Lorsqu’il s’expose à sa lumière, il va mieux et se sent plus fort pour affronter l’hiver qui s’éternise. Cela ne prend que 30 minutes chaque matin, « ça n’est pas douloureux, a-t-il précisé, et en aucun cas désagréable. »
Ca a marché pour Robin, mais ça n’est pas toujours le cas. « Un bon traitement aux antidépresseurs est aussi efficace que la luminothérapie pour lutter contre le TAS, suggère le chercheur Docteur Robert Levitan, certaines personnes préférent prendre des médicaments car c’est une solution plus facile ».
Mais Robin, lui, préfére appeler le génie de sa lampe pas-si-magique-que-ça : « Cette lampe me donne l’énergie nécessaire à ma journée ».
Tout a commencé vers la fin des années 70, avec Norman Rosenthal, psychologue sud-africain venu emménager à New-York. Il avait remarqué que lorsque l’hiver arrivait, il devenait fatigué et mou, et se sentait dépassé par son travail. Mais ce sentiment disparaissait au printemps. Il comprit vite que son changement d’humeur était dû au changement de latitude : les jours étaient ici plus courts et les nuits plus longues qu’en Afrique du Sud.
Rosenthal décida de faire des tests pour vérifier sa théorie et se servit de patients qui souffraient de dépression hivernale. Il les exposa à la lumière artificielle pendant plusieurs heures par jour. Au fur et à mesure, beaucoup lui déclarèrent se sentir mieux. C’est ainsi que le blues de l’hiver devint le syndrôme reconnu comme ‘Trouble Affectif Saisonnier’.
- Humeur morose et blasée
- Prise de poids
- Baisse d’énergie
- Tendance à trop dormir
- Difficulté à se concentrer
- Irritabilité
La principale difference entre l’état dépressif et le TAS, c’est que les symptômes du TAS disparaissent au printemps et en été. Les médecins pensent que cea est dû à un manque de sérotonine, puisque les médicaments qui stimulent le neurotransmetteur qui en émet s’avèrent efficaces. D’autres personnes s’aident de lumière artificielle pour remplacer la lumière du soleil dont ils manquent.
Il reste aujourd’hui pas mal de mystères sur le TAS : pourquoi, par exemple, les personnes qui habitent dans les hautes altitudes sont plus touchés que les autres (il n’existe pratiquement aucun cas en Islande par exemple). Est-ce dû uniquement au manque de lumière ? Ou bien des facteurs génétiques qui entrent en jeu ? Les médecins n’en savent encore rien, mais ils comptent bien passer plusieurs hivers à étudier ce phénomère, et espérons qu’ils seront bien éclairés !
La responsable: l’obscurité, la solution : la lumière
Dans quelques jours, le solstice d’hiver indique le commencement des plus longs et des plus sombres jours de l’année. A chacun d’accueillir ou non cette période de vacances avec des cris de joie ! Malheureusement, ça n’est pas possible pour tout le monde. Lorsque les jours rétrecissent, des millions de personnes commencent à se sentir déprimés, mous et se renferment sur eux-mêmes. Ils ont aussi tendance à dormir plus, manger plus et à perdre de leur libido. Les symptômes s’envolent pendant le printemps et l’été mais réapparaissent à l’automne suivant.
Le TAS, Trouble Affectif Saisonnier, d’abord regardé d’un œil sceptique par les experts, est aujourd’hui reconnu. Grâce à des études épidémiologiques, on peut aujourd’hui estimer que les personnes souffrant du TAS représentent de 1,4%(en Floride) à 9,7% (dans le New Hampshire) de la population.
Les chercheurs ont établit une similitude entre les symptômes du TAS et les changements d’humeur saisonniers chez certains mamifères, particulièrement chez ceux qui hibernent tout l’hiver dans un trou chaud. Le cerveau des animaux peut ressentir la durée de la journée et ainsi adapter leur humeur à la saison. En est-il de même pour les humains ?
En 2001, les docteurs Thomas A. Wehr et Norman E. Rosenthal, psychologues à l’Institut National pour la Santé Mentale, ont mené une expérience fascinante. Ils ont étudié 2 groupes de patients pendant 24 heures, en hiver et en été. Un groupe souffrait de dépression saisonnière et l’autre non.
La mélatonine est une matière chmique sécrétée par le cerveau lorsque l’on se trouve dans l’obscurité. Elle représente l’un des principaux signaux biologiques capables d’évaluer les changements de lumière. Les docteurs Thomas A. Wehr et Norman E. Rosenthal ont découvert que le cerveau des patients qui souffraient de dépression saisonnière sécrétait plus de mélatonine nocturne en hiver qu’en été, tout comme les animaux sujets aux changements d’humeur saisonniers.
Pourquoi le cerveau des patients « normaux » sécrète-t-il toujours le même taux de mélatonine ? Certains pensent que c’est dû à la lumière industrielle, capable de supprimer la mélatonine. Peut-être alors que grâce à une exposition constante à la lumière artificielle pendant l’année, le changement « naturel » du taux de mélatonine constatés chez les personnes souffrant du TAS pourrait être supprimé.
Peut-être qu’à une époque, il y a des centaines d’années, l’homme avait tout interêt, pour sa survie, à économiser son énergie, à dormir et à manger davantage en hiver. Les personnes souffrant du TAS, ont-elles malheureusement hérité de cela de ces hominidés bien adaptés à leur environnement ?
Quoi qu’il soit, elles ne doivent pas attendre le printemps ou l’été pour aller mieux. « L’exposition à une lumière vive le matin est un traitement efficace et rapide pour lutter contre la dépression saisonnière » a déclaré le Docteur Rosenthal, aujourd’hui professeur de psychiatrie clinique à l’école de médecine de Georgetown et auteur du livre « Winter Blues » (édition Guilford, 1998). «Les patients souffrant du TAS doivent utiliser la lumière pour se soigner ».
L’heure à laquelle ils se servent de la luminothérapie est primordiale. « l’heure la mieux adaptée à la luminothérapie doit être déterminée selon l’horloge biologique de chacun » a déclaré Michael Terman, directeur du Centre de luminothérapie et de l’Horloge Biologique au Centre Médical de l’Université de Colombie.
Le matin est le moment de la journée où l’on est le plus réceptif à la luminothérapie, car c’est le moment où la sécretion de mélatonine commence à décroître, environ 8 ou 9h après l’heure du coucher.
Comment déterminer l’heure qui nous convient le mieux sans analyse de sang ? En remplissant simplement un questionnaire renseignant ses habitudes de lever et de coucher, qui , selon le Docteur Terman, correspondent précisèmment au taux de mélatonine présent dans le plasma sanguin.
Le Centre des Thérapeutiques Environnementales, institution à but non lucratif, propose un questionnaire sur son site internet (www.cet.org).
Une fois que vous avez fixé l’heure d’exposition qui vous convient le mieux, une exposition d’une durée de 30 minutes à une lumière fluorescente douce et blanche à 10 000 lux par jour convient parfaitement. Peut-être remarquerez vous que vous êtes plus réceptif à la lumière très tôt le matin, cela dépend de vos habitudes, êtes-vous plutôt couche-tôt/lève-tôt ou couche-tard/lève-tard ?
La luminothérapie agit rapidement, entre 4 et 7 jours, contrairement aux antidépresseurs qui peuvent mettre 4 à 6 semaines pour agir.
Pour profiter de la luminothérapie en dormant, il existe des lampes qui imitent l’aube. Vous pouvez ainsi profiter d’un lever de soleil d’une heure et demi, qui débutent automatiquement par une lumière dont l’intensité est la même que la lumière émise par les étoiles et qui s’éclaircie peu à peu jusqu’à une lumière tamisée. Cela dit, ce système est moins efficace qu’une lumière vive.
La nouvelle thérapie prometteuse pour lutter contre le TAS est l’ionisation négative de l’air et peut certes paraître douteuse. Le docteur Terman l’a ingénieusement découverte en utilisant un générateur d’ion négatif pour régler l’intensité de la lumière et a constaté que des ions négatifs en grande quantité avaient un effet positif sur l’humeur.
Les lieux chauffés ou climatisés ont une faible teneur en ion négatif, contrairement aux endroits humides, aux forêts et aux rivières. Cela pourrait vérifier toutes ses fables qui racontent l’histoire de mistrals et de vents chauds et secs qui rendent fou !
Vous pouvez aussi opter pour des vacances sous les tropiques plutôt que pour la lumière et les ions !















