La luminothérapie: indications et contre-indications

Publié le lundi 12 Septembre 2011

Indications

On a découvert que la luminothérapie était moins efficace pour traiter les autres formes de dépressions que les dépressions saisonnières. Mais des chercheurs ont tout de même établi, par le biais de quelques essais contrôlés (Kripke et al. 1986), que la luminothérapie avait certains effets antidépressifs, certes modestes mais tout de même statistiquement significatifs, sur les patients atteints de dépression non-saisonnière. Un certain nombre d’essais ouverts et d’observations le vérifient en ce qui concerne la luminothérapie seule ou accompagnée d’autres traitements antidépressifs, mais pour que cela soit confirmé, un essai multicentrique contrôlé définitif est nécessaire. Certaines études étudiant l’efficacité de la luminothérapie sur la dépression non-saisonnière n’ont pas donné de résultats positifs. Ces études sont difficiles à mener car beaucoup de ces patients souffrent de dépression chronique ou de trouble dysthymique accompagnés d’exacerbations saisonnières ou leur dépression récurrente est dû à un élèment objectif propre à une saison. Les impressions cliniques laissent en tout cas penser que la luminothérapie peut s’avérer utile pour ces personnes.

Concernant le trouble dysphorique prémenstruel (avant appelé trouble dysphorique de la phase lutéale), l’étude des effets possibles de la luminothérapie, basée sur quelques essais contrôlés,  en est au même point que pour la dépression nonsaisonnière : les résultats sont équivoques et les quelques impressions cliniques positives. Pour ce qui est du trouble dysphorique prémenstruel, le débat n’est pas concentré sur les bienfaits de la luminothérapie, qui ont été dans tous les cas prouvés, mais plutôt sur le fait de savoir si ces bienfaits sont uniquement dus à l’effet placebo.

On comprend bien que la lumière soit capable de modifier notre rythme biologique, certainement grâce à l’épaisse documentation qui parle d’effets similaires sur les animaux. On constate également que ces capacités peuvent être utiles pour des personnes qui souffrent de troubles du rythme biologique, et on se concentre actuellement sur comment utiliser le mieux possible ses propriétés. Une exposition à la lumière le matin et une restriction de lumière le soir (Rosenthal et al. 1990) se sont avérées efficaces pour soigner les personnes souffrant du syndrome de retard de phase du rythme veille-sommeil (difficultés à s’endormir et à se réveiller aux heures conventionnelles). De plus, une exposition à la lumière dans la soirée s’est avérée efficace (Lack and Wright 1993)  pour soigner le syndrome d'avance de phase du sommeil qui touche davantage les personnes âgées, il s’est avéré que cela pouvait également aider à traiter les problèmes d’insomnie chez cette même tranche d’âge (Campbell et al. 1993).

Les degrés renseignés par la courbe de réponse de phase peuvent indiquer les effets de la luminothérapie ou de sa restriction sur le rythme biologique humain. Cette courbe est une représentation graphique qui illustre la relation entre ces 2 paramètres. Ces courbes concernent tous les êtres vivants (Winfree 1987) et s’appliquent donc aussi aux êtres humains (Czeisler et al. 1990; Minors et al. 1991). La courbe de réponse de phase de l’homme montre que pour une personne qui se lève et se couche à des heures conventionnelles, une exposition à la lumière en début de soirée retardera son rythme biologique alors qu’une exposition à la lumière à la fin de la nuit l’avancera. Une exposition en milieu de journée n’aura pratiquement aucun effet sur son rythme biologique et correspond à une certaine partie de la courbe de réponse de phase appelée zone d’insensibilité. Il est certes facile de déterminer le adapté à une exposition à la lumière pour les personnes qui souffrent de troubles linéaires du rythme biologique ou encore pour celles qui souffrent du syndrome de retard ou d’avance de phase du sommeil, mais il est plus difficile de déterminer déterminer le moment d’exposition opportun lorsque les rythmes biologiques sont en mouvement, comme quand on est déboussolé par un décalage horaire après un long voyage transversal ou pour les personnes qui changent régulièrement d’horaires de travail. Pour plus d’informations sur le moyen d’utiliser convenablement la luminothérapie (et la restriction à la lumière) dans le but de soigner les symptômes de la léthargie, de la fatigue, de l’insomnie et des perturbations cognitives comme les troubles du rythme biologique, lisez ce chapitre, mais vous pouvez également vous informez ailleurs (Eastman 1992; Oren et al. 1993).

Contre-indications à la luminothérapie

Il n’existe pas de réelles contre-indications à la luminothérapie, bien qu’il faille rester prudent dans certaines circonstances. Par exemple lorsque le patient 1) souffre d’une maladie qui rend ses yeux plus vulnérables à la phototoxicité 2) est maniacodépressif 3) souffre d’une maladie qui rend la peau photosensible ou 4) prend des médicaments ou des plantes qui rendent photosensibles (comme le St. Johns worrt ou le psoralène).

Il n’existe aujourd’hui aucune étude ayant démontré qu’une luminothérapie, correctement suivie et accompagnée, peut abimer les yeux. Cela reste donc une possibilité théorique (M. Terman et al. 1990). Les patients qui souffrent d’une maladie rétinnienne comme par exemple d’une dégénérescence maculaire ou d’une rétinite pigmentaire, sont davantage exposés à une détérioration de la rétine par la lumière. Il est fortement déconseillé aux personnes souffrant de problèmes rétiniens de suivre une luminothérapie sans avoir été auparavant examiné par un ophtalmologiste et sans être suivi sur toute la durée du traitement. La fréquence à laquelle une personne suivant une luminothérapie doit faire examiner ses yeux anime toujours les débats, il y a l’école qui défend un suivi très régulier et celle qui pense que cela n’est pas nécessaire (Waxler et al. 1992). Certains pensent que la lumnothérapie accompagnée d’antidépresseurs ou d’autres médicaments doit demander plus de prudence et d’accompagnement professionnel (M. Terman et al. 1990), bien que cela n’ait pas encore été révélé plus dangereux pour les yeux, même suite à une exposition régulière à la lumière du soleil. Rien ne prouve également que les personnes qui suivent une luminothérapie depuis plusieurs années sont plus encleintes à présenter des problèmes oculaires, même si elles accompagnent leur thérapie de médicaments (Schwartz et al. 1996).

Bien que la luminothérapie puisse provoquer de l’hypomanie ou, très rarement une maniaco-dépression, un passé de maniaco-dépressif ne représente pas forcèment une contre-indication au traitement. Pour diminuer les risques d’apparition de symptômes hypominiaques, il suffit de prévenir à l’avance le patient de cette possbilité, prêter particulièrement attention à sa condition clinique et adapter son dosage luminothérapeutique afin de minimiser ou d’anéantir le risque de développer ces symptômes. Les personnes ayant déjà souffert de maniaco-dépression, doivent être tout particulièrement prudentes.

Tout médecin doit faire attention de bien prescrire des boîtes à lumières qui filtrent la plupart sinon tous les rayons utltraviolets (Oren et al. 1990). Les UV, responsables d’érythèmes faciaux similaires à ceux provoqués par le bronzage, peuvent atteindre l’utilisateur. Cela peut provoquer des problèmes chez les patients souffrant de lupus érythémateux disséminé ou ayant une peau particulièrement photosensible. Cependant, certains patients souffrant du lupus érythémateux disséminé ont suivi, avec une crème solaire, une luminothérapie qui s’est avéré efficace et n’ont développé aucun érythème facial (Moul 1992). On peut donc en conclure que le lupus érythémateux disséminé ne représente pas forcèment une contre-indication à la luminothérapie. Une personne qui est passée par un cancer de la peau peut également faire appel à la luminothérapie, bien que cela demande une attention toute particulière à la protection contre les rayons UV, tout comme pour les personnes qui souffrent de lupus érythémateux disséminé ou de problèmes liés à une peau photosensible.

Il existe plusieurs moyens de protection contre les rayons UV : les ampoules fluorescentes opalisées, les filtres spéciaux anti-UV à placer à l’intérieur du panneau diffusant ou les onguents vendus dans le commerce qui filtrent les UV (capables d’absorber environ 95% des rayons UV-B). Certaines études récentes ont toutefois prouvé que les onguents solaires n’étaient pas efficaces contre les UV responsables de mélanomes, bien qu’ils protègent du développement d’érythème (Wolf et al. 1994). On ne sait pas encore si cette étude peut être étendue aux personnes ayant souffert d’un cancer de la peau, mais on conseille vivement à ces personnes d’être attentives, pendant une luminothérapie, à tout changement de la peau sur les parties du corps exposées à la lumière, et de rapporter rapidement toute remarque à leur médecin. Cependant, pour ces personnes, le risque est bien plus élevé lorsqu’elles s’exposent à la lumière du soleil sans protection, lumière beaucoup plus puissante en UV que celle émise par une lampe à lumière.




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